Les avantages d’avoir son propre nom de domaine, pour sa présence en ligne, sont bien connus : mise en avant de votre nom, et pas de celui du prestataire, stabilité dans le temps, et indépendance vis-à-vis des prestataires, puisqu’il sera possible de changer de prestataire sans avoir à changer d’adresse. Et tout cela pour une somme très faible, que ce soit pour une profession libérale, une association, une petite entreprise ou même un particulier.
La plupart des exemples de présence en ligne avec son nom de domaine ne citent que le web, comme si c’était la seule utilisation possible de l’internet. Il y en a en fait bien d’autres et, dans cet article, je vais parler du courrier électronique.
Un coup d’œil rapide sur les camionnettes d’artisans ou de petites entreprises dans la rue montre que, s’il est maintenant commun d’utiliser son propre nom de domaine pour son site web professionnel, le faire pour le courrier est bien plus rare. On trouve ainsi souvent la présence en ligne annoncée avec une adresse web https://www.mon-entreprise-de-plomberie.fr/ mais une adresse de courrier mon-entreprise-de-plomberie@outlook.com, faisant ainsi de la publicité pour une autre entreprise, ici Microsoft. Cela a pour conséquence, entre autres, qu’on n’a pas d’adresse de courrier utilisable sur le long terme ; si on change d’hébergeur de courrier, on doit changer d’adresse, et communiquer la nouvelle à tous ses contacts1.
Mais alors pourquoi trouve-t-on fréquemment des personnes ou organisations qui ont un nom de domaine mais ne s’en servent pas pour le courrier ? Pour M. Toutlemonde, même professionnel (TPE, profession libérale, etc), il faut déjà savoir que c’est possible.
Ensuite, sauf pour les cas où on gère soi-même le serveur de messagerie, il faut choisir un prestataire. Il y en a beaucoup, mais cela peut être justement la difficulté pour M. Toutlemonde, d’autant plus que leurs offres sont légèrement différentes et qu’aucun média n’a fait de test comparatif.
Il y a aussi un problème d’acceptation universelle. Je me souvient d’un service de l’État qui s’étonnait que l’adresse que je donne soit quelquechose@bortzmeyer.org, et qui demandait une « vraie adresse » (ce qui, pour eux, veut sans doute dire Gmail).
Comment avoir du courrier avec son nom de domaine ?
Comme toujours, il y a deux solutions : le faire soi-même ou bien le sous-traiter. Voyons d’abord la première solution, même s’il est clair qu’elle est réservée aux grosses organisations et/ou à celles qui sont motivées et disposent des compétences. Si vous n’êtes pas dans ce cas, vous pouvez sauter la section « Son propre serveur ».
Son propre serveur
Il s’agit donc de gérer un serveur de messagerie2 à soi. Du point de vue de la pure technique, c’est assez simple, il existe de nombreuses solutions logicielles toutes prêtes, souvent avec une licence libre. Les tutoriels en ligne sont innombrables3. Toutefois, même en suivant ces tutoriels, cela peut être délicat. Un soin tout particulier doit être apporté à sa configuration, si on ne veut pas se retrouver mal noté par beaucoup d’opérateurs.
En effet, des agressions comme le spam ou comme le hameçonnage font que les acteurs du courrier électronique ne vont pas forcément accepter votre courrier. Ils peuvent le rejeter ou bien lui attribuer, dans leur système de filtrage, une mauvaise note qui fera qu’il se retrouvera plus tard dans un dossier « Indésirables »4. Le problème est encore plus crucial si on veut envoyer du courrier à de nombreux destinataires5.
Les solutions techniques existent, dont plusieurs reposent sur le DNS, comme SPF ou DKIM. Elles ne sont pas spécialement difficiles pour un ou unee administrateur / administratrice de systèmes informatiques mais elles nécessitent de bien maîtriser son architecture de courrier électronique. Par exemple, SPF impose de connaître toutes les machines qui peuvent envoyer du courrier électronique en utilisant votre nom de domaine, et c’est bien plus difficile que cela n’en a l’air, surtout lorsqu’il faut maintenir cette liste dans le temps.
Et il y a aussi le problème du spam entrant, qu’il faut filtrer.
En résumé, héberger son propre serveur de messagerie est possible, mais il faut être prêt à y consacrer du temps et des ressources humaines.
Utiliser un prestataire
L’alternative est donc de faire appel à un prestataire qui va faire le travail pour vous. La liste des prestataires possibles est longue mais attention, les offres ne sont pas rigoureusement identiques, et la comparaison est donc difficile, d’autant plus que ces offres ne sont pas toujours décrites en termes clairs.
Par exemple, puisque la sécurité du courrier électronique dépend en grande partie de techniques DNS, comme SPF ou DKIM, certains prestataires imposent que le nom de domaine soit hébergé chez eux6, afin d’être sûr de pouvoir placer les bons enregistrements SPF et DKIM7. D’autres permettent un hébergement externe, et vous indiqueront donc les données à placer dans votre zone DNS8. C’est un des points qu’il faudra regarder lors du choix d’un prestataire.
Je ne vais pas recommander (ou déconseiller) tel ou tel prestataire, uniquement donner une liste forcément partielle9, pour montrer que l’offre existe . Je n’indique ici que ceux qui hébergent les données (je n’inclue donc pas dans la liste les prestataires qui ne font que de la redirection des courriers, sans « vrai » hébergement)
- Fastmail
- Galae
- Galacsys
- Infomaniak
- LWS
- Mailbox
- Mailfence
- Mailo
- Migadu
- Ouvaton (cela ne semble pas documenté sur leur site mais des gens l’utilisent)
- OVH
- Protonmail
- Runbox
- Tuta
Quels sont les critères de choix ? Il y a le prix, bien sûr (il ne semble pas qu’il existe une offre gratuite), la nationalité du prestataire, entre autres pour la sécurité de vos communications et le cadre réglementaire, le type du prestataire (entreprise, coopérative, association…), la qualité de leur interface utilisateur, la disponibilité d’accès par les protocoles normalisés comme IMAP10… Et, bien sûr, comme l’intérêt majeur d’utiliser son propre nom de domaine est l’indépendance vis-à-vis de l’hébergeur du courrier, vous allez devoir demander les conditions d’une éventuelle sortie11.
Conclusion
En bref, il est parfaitement possible d’avoir son courrier électronique avec son propre nom de domaine, sans pour autant avoir à gérer son serveur de messagerie. N’hésitez donc pas à afficher sur votre camionnette l’adresse de courrier contact@mon-entreprise-de-plomberie.fr à coté de l’adresse Web https://www.mon-entreprise-de-plomberie.fr/.
Et si vous gérez un formulaire web permettant aux personnes intéressées par vos services, vos produits, ou vos informations, de s’inscrire, ne considérez pas arbitrairement certaines adresses comme invalides, comme on le voit trop souvent (problème dit de « l’acceptation universelle »). Un domaine de premier niveau peut parfaitement faire plus de 3 (ou 4 ou 5) caractères, et le nom de domaine après le @ peut parfaitement avoir 2, 3, 4 ou davantage de composants.
1 D’autres services en ligne décentralisés comme la messagerie instantanée, par exemple avec le protocole Matrix ou comme le microblogging avec le fédivers posent les mêmes questions que le courrier électronique, mais je ne les traite pas ici.
2 L’auteur de cet article gère son propre serveur de messagerie pour ses domaines personnels, depuis de nombreuses années. Contrairement à ce qu’on lit souvent, c’est parfaitement possible, et cela permet d’échanger, y compris avec les gros acteurs. Mais c’est certainement chronophage.
3 Mais, comme toujours sur le Web, avec parfois des erreurs amusantes, comme ces enregistrements DMARC p=rejet au lieu du correct p=reject, suite à une traduction par une IA ou un stagiaire.
4 Il y a aussi d’autres risques, comme le backscatter, quand un méchant a usurpé votre nom de domaine pour envoyer du spam et que c’est vous qui recevez les très nombreux avis de non-remises.
5 Uniquement s’ils ont donné leur accord et que vous avez vérifié les adresses électroniques. Autrement, c’est du spam.
6 Je parle bien de l’hébergement DNS, pas du choix du BE (Bureau d’Enregistrement), qui est une toute autre question.
7 D’autant plus que ceux-ci ne sont pas configurés une fois pour toutes ; il faut parfois les modifier.
8 Regardez, par exemple, comment c’est documenté par un des prestataires.
9 Et je n’ai pas indiqué ceux qui ne font que de la redirection des courriers, sans « vrai » hébergement.
10 Certains prestataires ont cet accès mais avec des difficultés comme la nécessité d’installer un logiciel spécial sur sa machine.
11 Voici, par exemple, un récit de migration.