2017, l’année de la consolidation pour le marché des noms de domaine ?

Mai 2015

Nous avons étudié dans notre Observatoire d’avril 2015 les grandes tendances du marché des noms de domaine en 2014. Il nous a paru intéressant d’essayer de prolonger ces tendances pour les « Legacy gTLD », ou extensions génériques traditionnelles telles que les .biz, .com, .info etc., et les « ccTLD » ou extensions géographiques correspondant à des territoires telles que les .de (Allemagne), .fr (France), .uk (Grande-Bretagne)…

Dans le cadre de la présente étude, nous nous sommes appuyés sur les rapports ICANN pour les Legacy gTLD, et pour les ccTLD, sur les statistiques des membres du CENTR ayant plus de 50 000 noms de domaine en stock. Les nouvelles extensions introduites sur le marché à partir de 2014 étant encore un « fait nouveau », nous ne les avons pas prises en compte dans cette édition de l’Observatoire, mais il est bien évident qu’elles devront y apparaître par la suite.

Méthodologie

Nous avons considéré deux séries de données annuelles pour chaque segment de TLD : d’une part, la somme des créations, et de l’autre la somme des suppressions. Nous avons ensuite prolongé la tendance jusqu’en 2020 au moyen d’une fonction de calcul.

Constats

La figure 1 montre que pour les deux segments de TLD, le rythme des créations est moins dynamique que celui des suppressions. Ceci induit que toutes choses égales par ailleurs, le niveau des suppressions devrait atteindre et dépasser le niveau des créations au 1er semestre 2017 pour les deux segments de TLD. Il s’agit naturellement de moyennes : certains TLD étaient déjà dans cette situation en 2014 et d’autres la connaîtront seulement après 2017.

 Projections de créations et de suppressions annuelles par segment de TLD (hors TLD)

Fig. 1. Projections de créations et de suppressions annuelles par segments de TLD (hors nTLD)


La situation est préoccupante pour les acteurs du marché car elle signifie que la croissance globale, qui est déjà en ralentissement marqué depuis 2012, sera proche de zéro en 2016 et probablement négative en 2017, signe d’une diminution du nombre de noms de domaine déposés (hors nTLD).

La consolidation : une surprise ?

La consolidation qui s’annonce ne peut pas être considérée comme une surprise. Dans une période de forte croissance telle que celle qu’a connu le marché des noms de domaine jusqu’en 2012, et si les taux de conservation (« Maintenance ou Retention Rates ») demeurent constants, le volume des suppressions augmente en principe au même rythme que celui du stock, avec un an de décalage. Ce que nous représentons ici n’est donc que la traduction visuelle d’une combinaison de ce phénomène « mécanique » avec le ralentissement global de la dynamique des créations de noms de domaine dans les TLD concernés.

Le taux de conservation moyen des LegacyTLD était en effet stable à 76,4 % en 2014 comme en 2013. Le problème des LegacyTLD est donc moins causé par une évolution anormale des suppressions, que par la dégradation de la dynamique des créations. Mesurant le rapport entre le nombre de créations et le stock en fin de période, le Create Rate (Taux de création) est passé de 26,3 % à 25,4 % en 2014, n’ayant pas cessé de décliner depuis son plus haut à 30,4 % en 2010.

Pour les ccTLD, le taux de conservation moyen était de 82,8 % en 2014 contre 81,4 % en 2013, signe d’une évolution des suppressions plus maîtrisée que celle des LegacyTLD. Le Create Rate passait en revanche de 22,3 % à 19,0 %, reflétant la même problématique sur les créations que celle que connaissent les LegacyTLD.

Une accélération du phénomène précédant l’introduction des nTLD

L’évolution du ratio Suppressions / Créations représenté dans la Figure 2 met en évidence que la dégradation du ratio Suppressions / Créations est constatable dès 2012, soit deux ans avant l’introduction des nTLD sur le marché. Si ces « nouveaux venus » peuvent inévitablement être à la source « d’arbitrages » au moment des créations comme des renouvellements, ils doivent aujourd’hui être seulement considérés comme un facteur susceptible d’accentuer une tendance déjà active lors de leur apparition.

Evolution du ratio Suppressions / Créations par segment de TLD (hors TLD) Fig. 2. Evolution du ratio Suppressions / Créations par segment de TLD (hors nTLD)


Incertitudes et impondérables

Les projections présentées s’entendent « toutes choses égales par ailleurs ». De nombreux facteurs peuvent en effet intervenir d’ici à 2017 pour influencer les évolutions des créations comme des suppressions. L’impact des nTLD est sans doute le plus présent dans les esprits, mais on peut mentionner d’autres dimensions comme la santé de l’économie mondiale, le développement d’usages favorisant les noms de domaine ou limitant leur portée, ainsi que les stratégies de grands acteurs (moteurs de recherche, …) pouvant influencer le marché des noms de domaine.

La consolidation n’est pas une fatalité, ni un signe de mauvaise santé

L’échéance de 2017 n’est donc pas une fatalité gravée dans le marbre. Elle peut être repoussée, ou au contraire rapprochée, par les actions des acteurs du marché aussi bien que par des phénomènes exogènes. Mais elle ne devrait sans doute pas être considérée comme un signe de mauvaise santé du marché. Il est logique et sans doute assez sain qu’une période d’explosion comme celle de la décennie 2004 – 2014 soit suivie par une phase de ralentissement durant laquelle des noms de domaine déposés sans utilité réelle sont abandonnés par leurs titulaires avant d’être repris par d’autres.

À tout prendre, il vaut certainement mieux être un TLD de taille moyenne, mais dont les noms sont fortement utilisés – garantie de taux de renouvellement élevés dans l’avenir – qu’un TLD ayant axé son développement sur une stratégie de volume, mais confronté à la volatilité inhérente à ce genre de stratégie. Ce sont ces TLD qui ont le plus à craindre de l’intensification de la concurrence et de la consolidation qui a déjà commencé pour certains d’entre eux.

 

 

 

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