Les dynamiques 2015 chez les Bureaux d’enregistrement

Une reprise de la concentration dans un contexte de ralentissement de la dynamique commerciale

Partenaires privilégiés des registres, les bureaux d’enregistrement ont vu leur environnement évoluer radicalement depuis janvier 2014. L’afflux de nouvelles extensions les a parfois placés devant des choix difficiles. Sur quels « nouveaux entrants » miser ? Et jusqu’à quel point continuer de proposer à leurs clients les TLDs traditionnels, ccTLDs comme « Legacy », qui ont le mérite d’être connus et recherchés par les utilisateurs ?

Quelles ont été les évolutions des clients eux-mêmes, dont les budgets ne sont pas extensibles à l’infini, et qui ont dû pour cela procéder à des arbitrages entre les TLDs « défensifs », les TLDs « stratégiques » utilisés pour communiquer et les TLDs « d’opportunité » proposés en masse depuis quelques mois ?

Dans un contexte où l’offre et la demande évoluent en parallèle, mais pas nécessairement de manière symétrique, les ajustements sont inévitables  et peuvent être partiellement reflétés par les dynamiques à l’œuvre au sein des bureaux d’enregistrement du .fr.


Une reprise de la tendance à la concentration

 

L’étude du taux de concentration HHI (Fig. 1) montre que cet indice a fortement augmenté entre 2010 et la fin 2013 avant de marquer un palier assez net en 2014, et de reprendre sa tendance à la hausse à partir de 2015. Une rupture si flagrante en 2014, année de l’introduction des premiers nTLDs, ne peut manquer d’être liée à ce phénomène. Il est plus difficile de l’expliquer : on peut penser que les « leaders » absorbant habituellement l’essentiel de la demande se sont moins mobilisés en 2014 sur le .fr car ils étaient focalisés sur l’intégration et les lancements des nouvelles extensions. Ce processus étant rôdé et la demande n’étant pas toujours au rendez-vous, les « leaders » auraient en 2015 repris leurs pratiques d’antan en mettant en avant le .fr plus qu’en 2014.

Cette analyse, si elle s’avérait fondée, serait naturellement préoccupante pour les nTLDs qui, en période d’essor, ont un besoin vital d’être « poussés » par les bureaux d’enregistrement.

 

 

Fig. 1 - Source : Afnic

HHI calculé en réalisant la somme des carrés des parts de marché des 10 premiers bureaux d’enregistrement.

 

Growth Ratio : un nombre croissant de bureaux d’enregistrement en perte de vitesse

 

L’étude des Growth Ratios permet d’identifier les bureaux d’enregistrement prenant ou perdant des parts de marché. On note que la stabilité de 2014 par rapport à 2013 est cohérente avec celle de l’indice HHI. Cependant, en 2015, la tendance constatée depuis 2011 semble avoir repris.

 

 

Fig. 2 : Growth Ratios calculés par le rapport entre la part de marché dans le solde net cumulé depuis janvier 2015, et la part de marché en stock au 30/09/2015.

 

La progression de la proportion de bureaux d’enregistrement perdant du stock est particulièrement frappante. De quelques 10% en 2011/2012, en période de croissance forte du .FR, elle est passée à 30% en 2013/2014 et paraît devoir atteindre les 50% en 2015. Ces pertes de stock ou, plus globalement, de parts de marché (65% des 40 premiers bureaux d’enregistrement en 2015) sont dues à plusieurs facteurs.

 

 Les facteurs déterminant les parts de marché

 

 Trois facteurs principaux peuvent être identifiés et mesurés pour expliquer les évolutions des parts de marché.

 

  • Le premier est le taux de transferts entre les bureaux d’enregistrements. Les migrations de clients d’un bureau d’enregistrement à un autre sont un jeu à somme nulle au niveau du TLD, mais leur impact est parfois loin d’être négligeable dans la performance d’un bureau spécifique. Certains réussissent même le tour de force de susciter de nombreux enregistrements au moyen de promotions agressives, pour les perdre ensuite au profit de leurs concurrents lorsque le service n’est pas à la hauteur des attentes.

 

  •  Le second est, précisément, le Taux de Création, qui mesure la proportion, dans le stock, de noms enregistrés sur les 12 derniers mois. Un Taux de Création élevé montre que le TLD est commercialement très dynamique et répond à une forte demande. Un Taux de Création plutôt bas bas met en évidence que la demande tend à se restreindre et que le TLD est menacé d’asphyxie. Au niveau des bureaux d’enregistrements, ce Taux de Création est important car il montre l’impact des éventuelles campagnes promotionnelles et, d’une manière générale, la capacité d’un acteur à capter de nouveaux clients ou à « cultiver » ses clients existants en les incitant à réaliser de nouveaux dépôts.

 

La Fig. 3 ci-dessous montre néanmoins que ce Taux évolue défavorablement pour une majorité d’acteurs en 2015. Au total, 29 des 38 bureaux d’enregistrement considérés ici (76%) perdent en dynamique commerciale, et de manière parfois extrêmement brutale. [Deux bureaux ont été retirés, car présentant des valeurs extrêmes liées à leurs modèles de développement].

 

 

Fig. 3 : variations en points des Taux de Création (septembre 2015 par rapport à décembre 2014)

 

  • Le troisième facteur est le Taux de Maintenance ou de Rétention. Au niveau des bureaux d’enregistrement, il prend en compte les noms conservés. Ceux qui partent chez des concurrents sont de facto perdus et viennent minorer ce Taux de Maintenance. Ici (Fig. 4), la situation est moins prononcée que pour les Taux de Création, avec « seulement » 17 acteurs sur 38 (45%) dont les Taux de Maintenance se dégradent. Les variations sont moins contrastées, mettant en valeur la plus grande stabilité de ce Taux.

 

 

Fig. 4 : variations en points des Taux de Maintenance/Rétention (septembre 2015 par rapport à décembre 2014)

 

Le Tableau 1 ci-dessous récapitule la répartition des bureaux d’enregistrement en fonction des évolutions croisées de leurs Taux de Création et de leurs Taux de Maintenance. On note que seuls 11% des 38 premiers BE voient leurs performances progresser à la fois en termes de captation de nouveaux clients et de fidélisation des clients acquis. A l’inverse, 32% sont en perte de vitesse sur les deux « fronts ». De manière assez cohérente, les 13% et 45% se répondent. Ils trahissent une tendance à un affaissement de la dynamique commerciale des principaux bureaux d’enregistrement du .FR. Ce phénomène se traduit par un vieillissement du parc de noms, la proportion de nouveaux noms allant en déclinant. Or nous savons que le Taux de Renouvellement augmente avec l’âge des noms de domaine. Le tableau met en exergue la tendance du .FR à entrer dans une phase de « maturité », à l’instar de la plupart des autres ccTLDs européens.

 

 

Tableau 1 : répartition des BE par variations des Taux de Création et de Maintenance.

 

Conclusions

 

Cette rapide étude apporte quelques enseignements qui nous paraissent intéressants.

 

En premier lieu, la reprise de la concentration laisse à penser que les grands acteurs se sont « remobilisés » sur le .FR en 2015 après la vague des lancements des nTLDs, et ceci alors même que lesdits lancements sont loin d’être achevés.

En second lieu, cette concentration semble être liée à  des efforts réalisés par certains bureaux en vue de prendre des clients à leurs concurrents, les Taux de Création étant majoritairement en berne. Comme nous le faisions déjà remarquer dans un Observatoire précédent, la fidélisation des clients acquis est devenue un enjeu croissant dans un contexte de morosité relative de la demande.

 

Il reste à savoir si cette morosité est le fruit de stratégies de « placement » moins favorables au .FR qu’en 2011-2012 ou si elle est la conséquence d’une baisse globale de la demande, ou bien encore d’un réel report des enregistrements vers les nTLDs. La stabilité de la part de marché du .FR en 2014-2015 et la dégradation de celles de « legacy TLDs » en France laisse à penser que c’est plutôt la deuxième hypothèse qui est la bonne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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