Trajectoires 2015 des « Big Six »

Une croissance 2015 de 1,1% en ligne de mire pour les six plus grand Legacy gTLDs, contre 2.5% en 2014. Les .com, .net et .org résistent mieux que les .biz, .info et .mobi.

Avec la publication des données ICAN à fin mai, il est possible de tracer une première trajectoire 2015 pour les « Big Six », c’est-à-dire les six principaux Legacy gTLDs : .com, .net, .org, .info, .biz et .mobi.

La présente étude repose exclusivement sur les données ICANN arrêtées à fin mai 2015. La trajectoire est calculée en tenant compte de la pondération historique des différents mois de l’année dans  les performances, ce qui permet d’intégrer les variations saisonnières. Bien que les trajectoires présentées ne soient que des estimations encore susceptibles de varier, les ordres de grandeur sont sans doute assez proches de la performance finale réelle dans la mesure où nous travaillons sur des gTLDs de grande taille, dont la volatilité est modérée ou faible.

 

 Tableau 1 : évolutions annuelles des stocks de noms de domaine.
Réalisé 2011-2014, trajectoire 2015. 
 
Les trajectoires calculées à partir des chiffres des rapports ICANN font ressortir pour 2015 une croissance des « Big Six » divisée par deux. Mais la moyenne obtenue cache, comme les années précédentes, de forts contrastes. Ainsi, le .com se maintient-il aux environs de 3% alors que le .mobi poursuit sa descente aux enfers avec une seconde année à -28%. Le .net accentue le déclin amorcé en 2014, mais de manière encore maîtrisée par rapport au .biz qui passe de -9% en 2014 à -15% en 2015. Le .info pour sa part a toujours peu de chances de revenir à l’équilibre malgré la purge sévère de 2012-2014.
 
 
 

Fig. 1 - Taux de croissance des « Big 6 »
Réalisé 2011-2014, trajectoire 2015.
 
La représentation graphique de ces tendances (fig. 1) met en évidence la faible volatilité des trois gTLDs « historiques » ( .com,.net, .org) qui suivent des trajectoires assez stables, en comparaison des trois plus récents (.biz, .info, .mobi) qui subissent des variations de forte amplitude. Cette différence dans les profils de performances peut s’expliquer en partie par la taille, mais aussi par les stratégies marketing plus ou moins agressives. Un dernier facteur, combiné aux pratiques promotionnelles, pourrait être que ces TLDs sont d’autant plus fragilisés face aux nouveaux TLDs qu’ils n’ont pas réussi à s’implanter dans les usages avec le même succès que leurs trois devanciers.
 
 
 

Tableau 2 : évolutions annuelles des Taux de Création (Create Rates).

Réalisé 2011-2014, trajectoire 2015.

 

 
 Les taux de création (ou Create Rates) sont calculés en faisant le rapport entre le volume de créations réalisées dans une année et le nombre de noms de domaine en stock à la fin de la même année. En période de croissance forte, il est difficile à un registre de maintenir un taux de création au même niveau car la base de calcul ne cesse de croître. Ceci explique que les taux soient naturellement orientés à la baisse. Pour autant, leur comparaison permet de se faire une idée des dynamiques relatives des différents TLDs considérés. On note (Tableau 2) que le .com est légèrement supérieur à la moyenne en 2014 et 2015, se maintenant plutôt bien dans un contexte concurrentiel accru. La plus forte variation touche le .info (-3 points) qui souffre probablement d’une baisse relative de sa demande – celle-ci se situant malgré tout largement au-dessus de la moyenne. Le .mobi jouit d’une remontée limitée (+2 points), le niveau 2015 restant sensiblement inférieur à ce qu’il était en 2011-2013. Le cas du .mobi est exemplaire car il révèle bien le jeu des deux forces qui gouvernent les performances d’un TLD : la dynamique de la demande d’une part, mesurée par le taux de création, et la loyauté des titulaires d’autre part, mesurée par le taux de maintenance ou Retention Rate(Tableau 3). 
Le Taux de Maintenance est le rapport entre le nombre de noms conservés en stock au cours d’une année donnée, et le stock au début de cette année. 
 

 

 

Tableau 3 : évolutions annuelles des Taux de Maintenance (Retention Rates).

Réalisé 2011-2014, trajectoire 2015. 

 

On voit ici que le taux de maintenance du .mobi s’effondre depuis deux ans, passant de 70% en 2013 à 58% en 2015. Ce TLD est donc confronté à un phénomène certain de non - renouvellement des noms de domaine de son stock, qui explique la baisse de celui-ci au moins autant que le niveau des créations. Le .com voit son taux de maintenance s’effriter en suivant la tendance constatée depuis 2011. Le .biz connaît apparemment des problèmes (-3.6 points). Le .info voit son taux se stabiliser à 60%. 

Ce modèle de quantification des performances des TLDs permet de les comparer, tout en donnant des clefs pour identifier les causes des phénomènes observés. Ainsi, un TLD souffrant d’une dynamique trop faible de ses créations aura intérêt à initier des campagnes de promotion et à développer un réseau de distribution plus actif. Un taux de maintenance trop faible ou évoluant significativement à la baisse met en exergue une loyauté problématique des titulaires et nécessite des actions visant à les fidéliser et à ancrer le TLD dans leurs usages.

Pour conclure, les tendances actuellement observables nous montrent que les Legacy TLDs les plus récents semblent souffrir des nouveaux TLDs beaucoup plus que les .com, .net et .org. Un phénomène de « résistance » similaire peut être constaté chez les ccTLDs de l’Union européenne dont la croissance, à fin août, était de 2.5% sur 12 mois glissants (3.8% pour le .fr). 

 

S’il paraît donc prématuré de proclamer dès aujourd’hui la « fin » des extensions traditionnelles, l’étude de l’évolution des trajectoires nous permet de cerner les dynamiques à l’œuvre sur le marché des noms de domaine et d’évaluer l’impact des nouveaux TLDs, qui devrait se faire de plus en plus sentir avec le temps.   

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