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Deux nouveaux épisodes du podcast “Derrière le .fr”

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Le 20/01/26

L’Afnic publie deux nouveaux épisodes de sa série de podcast “Derrière le .fr”, réunis par un même fil conducteur : mieux comprendre ce qui assure la solidité, la confiance et la souveraineté de notre environnement numérique.

Qu’il s’agisse des infrastructures invisibles qui soutiennent internet ou des choix d’hébergement qui influencent la protection des données, ces deux sujets éclairent des dimensions complémentaires d’un numérique fiable.

David Gordon
Ils mesurent tout près de 2 millions de kilomètres, relient l’intégralité des continents du globe et font transiter 99 % du trafic internet mondial. Sans eux, pas de réseaux sociaux, pas d’échanges boursiers, pas d’e-commerce, bref, pas d’internet mondial. Je ne parle pas des satellites qui gravitent et colonisent notre espace aérien. Je parle bien d’un réseau très dense, de câbles bien physiques qui parcourent tous les océans du globe.

David Gordon
Ils mesurent en tout près de 2 millions de kilomètres, relient l’intégralité des continents du globe et font transiter 99% du trafic internet mondial. Sans eux, pas de réseaux sociaux, pas d’échanges boursiers, pas d’e-commerce. Bref, pas d’internet mondial. Je ne parle pas des satellites qui gravitent et colonisent notre espace aérien, mais bel et bien d’un réseau très dense de câbles bien physiques, eux, et qui parcourent l’intégralité des océans du globe. Une gigantesque toile d’araignée qui suscite toutes les convoitises, toutes les tensions et toutes les inquiétudes. Une inquiétude d’ailleurs qui est renforcée par l’arrivée de nouveaux acteurs sur son marché, autrefois dominé par les opérateurs télécoms et les États. Je veux parler des géants du numérique, les fameux GAFAM. Depuis quatre ans, un changement s’opère. On le voit, ils financent une grande partie des nouveaux câbles sous-marins et renforcent leur hégémonie sur l’internet mondial. Pourquoi choisissent-ils d’investir des milliards dans ces infrastructures ? Quelles conséquences cela a-t-il pour la souveraineté des États et la sécurité des données ? Comment faire pour gouverner dans un espace partagé, commun et sans chef que sont les océans ? Bienvenue dans ce nouvel épisode de Derrière le .fr aujourd’hui pour plonger au fond des océans avec moi. Je reçois Richard Coffre, Bonjour Richard.

Richard Coffre
Bonjour David.

David Gordon
Vous êtes chef de projet transverse à l’Afnic. Merci d’être avec nous. Et Benoît Ampeau. Bonjour !

Benoît Ampeau
Bonjour David.

David Gordon
Vous êtes Benoît, directeur des partenariats et de l’innovation. Alors ma première question, elle est très pratico-pratique, Benoît, comment on installe des câbles sous-marins aujourd’hui ? Est-ce que vous pouvez nous raconter ?

Benoît Ampeau
C’est titanesque. Je vais essayer d’être concis et clair. Comme tout projet, on commence par une étude de faisabilité parce qu’un câble sous-marin, ce sont des points d’atterrissement, donc entre un point de départ et d’arrivée. On fait une étude entre la distance, la profondeur, les aspects géologiques du câble sous-marin. Ensuite, une fois que cette étude est accomplie, on laisse, après des opérateurs câbliers, préparer ce câble. Ce câble qui est parfois impressionnant, c’est plusieurs centaines de kilomètres sur un même navire qui sont déployés. Ce câble est ensuite enterré à proximité des côtes et après déposé la plupart du temps dans les fonds sous-marins, sur des profondeurs qui peuvent aller jusqu’à 9 000 mètres. Et ensuite, le câble est tout simplement connecté et relié à l’internet.

David Gordon
J’imagine qu’ils ne sont pas nombreux, les câbliers qui sont capables de déposer ces énormes câbles dans les océans.

Benoît Ampeau
Non, c’est effectivement une expertise complexe avec une dizaine d’opérateurs dans le monde en capacité de faire cela. Et en France, on peut compter deux opérateurs. On a cette chance d’avoir Alcatel Submarine et Orange Submarine qui sont en capacité de déployer ces câbles.

David Gordon
Alors, j’ai deux questions qui me viennent. C’est un, quelle est la techno derrière ces câbles ? Comment ça marche ? Et est-ce que cette techno, elle est suffisamment robuste pour soutenir les évolutions liées à l’avenir d’internet, qui vont être nombreuses, du Web 3. 0 à la connectivité 100 % numérique ? Enfin bref, il va y en avoir beaucoup, des évolutions.

Benoît Ampeau
Tout à fait. Ces câbles, ce sont des fibres optiques où dans un même câble, il peut y avoir plusieurs fibres optiques qui sont déployées. Ces fibres sont reliées directement à des systèmes. Ces systèmes ont eu des capacités qui se sont décuplées au fil des années. Donc, sur une même fibre, on a pu voir qu’en 10 ans, on a pu faire passer beaucoup plus de trafic avec le même câble.

David Gordon
Donc, le tuyau augmente, la vitesse n’augmente pas, ça reste la vitesse de la lumière.

Benoît Ampeau
La vitesse de la lumière, mais l’avantage, c’est que les équipements reliés au bout des câbles, eux, évoluent. Donc, à câble équivalent, on a des capacités et des débits beaucoup plus importants. Donc, les fibres optiques et les câbles sous-marins sont à même d’encaisser les futurs usages de l’internet, où on sait que dans les études prospectives à 10 à 20 ans, tout va être connecté à tout. Donc, l’internet est déjà aujourd’hui omniprésent, mais il sera encore plus présent et on ne s’en rendra même plus compte. On parle de l’internet des objets, bien sûr, mais il y a là aussi l’internet de tout, l’Internet of Everything. Quand on regarde sur les usages prospectifs d’ici 10 à 20 ans, on parle beaucoup des mondes virtuels, des métaverses, mais qu’est-ce que c’est ? Ce sont des mondes qui génèrent beaucoup de flux et de vidéos. Ces liens et ces fibres optiques seront en capacité d’encaisser les usages croissants parce qu’on a beaucoup d’usages liés à ces clouds. Ces clouds génèrent beaucoup de données et ces données transitent par ces câbles. Ça, c’est important de pouvoir soutenir ces évolutions et ces usages. On peut parler aussi de l’intelligence artificielle. Des gros opérateurs d’intelligence artificielle, bien sûr, on pense plus simplement ou plus directement, je dirais, au datacenter ou au centre de calcul, mais ces centres de calcul, ils s’alimentent de données. Ces données transitent sur Internet, sur le réseau. Et donc aussi, l’IA génère énormément de données et de contenu, à la fois pour la création de ces intelligences artificielles, mais aussi pour ses usages et son utilisation, tout simplement.

David Gordon
Et je crois que tout récemment, il y a un câble énorme qui a été posé entre la France et les États-Unis, Benoît.

Benoît Ampeau
Tout à fait, et en plus posé, notamment par Orange. Et donc, ce câble, ce qui est important et intéressant à noter, c’est qu’il a une capacité de 400 terabits par seconde et qui aujourd’hui représente, juste avec ces deux câbles posés, 80% de la capacité totale des câbles posés aux États-Unis. Donc, on voit bien aussi la capacité à encaisser et la capacité à anticiper les usages du futur.

David Gordon
Je m’interroge sur la philosophie du droit international maritime, parce que j’imagine qu’il doit y avoir des conflits, des litiges territoriaux avec des zones maritimes qui appartiennent à certains pays, à certains continents. Je sais qu’il y a des conventions internationales qui existent, notamment la Convention de Montégober en 1982. Est-ce que c’est suffisant ? Comment ça marche ?

Richard Coffre
Jusqu’à présent, c’est suffisant. Et comment ça marche ? Je dirais que l’espace maritime est découpé en trois zones : les eaux territoriales, jusqu’à 22 kilomètres de la côte, la ZEE, qui est jusqu’à 200 kilomètres de la côte, et ensuite, c’est la haute mer où, justement, le droit maritime s’applique.

David Gordon
Mais on fait ce qu’on veut. On fait ce qu’on veut. On est en eau internationale.

Richard Coffre
Et ça arrange tout le monde, parce que ça permet, notamment à n’importe quel opérateur connaissant la chose, de pouvoir réparer des câbles. Par contre, quand on s’approche de la côte, là, c’est les eaux territoriales et donc c’est le droit de l’État qui s’applique. Et donc les conventions, ça se règle très facilement. Le seul problème, en général, où il y a des conflits, c’est dans les ZEE, les zones économiques, où là, notamment en mer de Chine, il y a des conflits potentiels qui ne sont pas arbitrés.

David Gordon
Vous parlez de conflits qui ne se règlent pas facilement. Est-ce que le droit international, il est adapté pour réguler ces câbles sous-marins dans ces territoires ?

Richard Coffre
Il est adapté dans 99% des cas. Après, si un État de lui-même ne le respecte pas, on ne peut pas faire grand-chose. Mais si je prends le cas de la mer de Chine, les Chinois font un peu ce qu’ils veulent et on laisse faire. En tout cas, il n’y a pas eu de répercussions jusqu’à présent sur les câbles. Là, tout le monde fait en sorte que tout se passe bien.

David Gordon
Mais alors, depuis une décennie environ, les GAFAM, je le disais en introduction, investissent massivement dans les câbles sous-marins. Est-ce qu’on a une idée de cette proportion d’abord ? Et est-ce qu’il faut s’en inquiéter, Richard ?

Richard Coffre
Effectivement, ils investissent massivement, et notamment dans le sud global. C’est-à-dire qu’ils vont relier l’Afrique, l’Inde. Et c’est pour ça que Meta, tout dernièrement, met en place le câble Meta inversé qu’on appelle W, qui a pour but, justement, de relier l’Afrique et l’Inde, où on sait qu’il y a en plus tous les centres de calcul d’intelligence artificielle. Donc, on voit bien que c’est inquiétant parce que grâce à ça, Meta, vraiment, couvre toute la chaîne de valeur de la production à l’utilisateur final. Ils sont maîtres sur ces câbles-là et ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Ce qui fait que la neutralité du net est en danger. Là, on voit qu’il y a une partialité du contenu du contenant et de l’accès. Donc, c’est inquiétant.

David Gordon
Quelles seraient les conséquences stratégiques d’un contrôle majoritaire des câbles par des opérateurs privés au-delà de cette menace, que vous évoquez ?

Richard Coffre
Si on barre en brèche la neutralité du net, on peut se dire qu’ils peuvent influencer gravement ce que reçoivent les utilisateurs, les internautes, et donc, il faut contrebalancer ça. On accuse toujours l’Europe de trop réguler, mais même les États-Unis, récemment, ont révisé une de leurs conventions pour justement contrebalancer et réviser la durée de licence. Jusqu’à présent, c’est 25 ans, on considère que c’est trop long. Peut-être qu’on va réduire à trois ans, à 10 ans, histoire qu’on puisse justement contrôler est-ce qu’il y a le bon usage. Aussi, les Américains ont décidé de revoir cette notion de droit public. Est-ce que c’est bien ? Est-ce que c’est utile à la population ? Justement aussi pour contrebalancer, je dirais, le pouvoir trop fort. Donc, on essaye.

David Gordon
Le champion de la libéralisation essaye également de mettre des règles parce que c’est un danger pour tout le monde, potentiellement.

Richard Coffre
Ça faisait 25 ans qu’il n’avait rien fait et donc qui prennent conscience qu’il y a quelque chose à faire.

David Gordon
Alors, je n’ai pas envie d’inquiéter tout le monde, mais j’ai quand même envie qu’on s’interroge sur les autres menaces qui peuvent peser sur ces câbles sous-marins. Quelles sont telles, ces menaces ?

Richard Coffre
Les premières menaces, c’est déjà les bateaux de pêche, tout simplement. Ils passent avec leurs filets ou les plaisanciers avec les ancres. Du côté de Marseille, dans la calanque, souvent, il y a des endroits bien réglementés où on n’a pas nos droits. Parfois, c’est pour la posidonie, donc pour les algues, mais souvent aussi, c’est pour les câbles. Donc, faire en sorte qu’avec leurs ancres, ils n’arrachent pas tout. Deuxièmement, c’est les attaques militaires ou malencontreuses. Lors de la Première Guerre mondiale, qu’est-ce qui s’est passé en la Manche ? La première chose que les Anglais ont coupé, ça a été le câble. Là, il n’y a pas plus tard que deux semaines, qu’est-ce qui s’est passé en mer Baltique ? Deux câbles ont été coupés. Puis, dernière, je dirais, menace, C’est de l’espionnage. On sait que les Américains ont développé un sous-marin à neuf milliards d’euros pour pouvoir aller écouter sur les câbles.

David Gordon
Qu’est-ce qui se passe lorsqu’un câble est coupé, concrètement, de manière instantanée, le flux se redirige ? Ailleurs, Benoît, peut-être ?

Benoît Ampeau
Tout à fait. Juste pour compléter ce que disait Richard, par an, on observe jusqu’à 200 ruptures de câble dû à des incidents de pêche, etc. Il y a forcément des incidents plus géopolitiques que d’autres, mais la plupart du temps, ce sont des erreurs, des accidents tout à fait classiques. Là, on observe que les infrastructures et le routage est résilient parce que justement, c’est indolore pour les usagers la plupart du temps, parce que l’internet, dans sa résilience et dans sa construction, fait que le routage passe par d’autres routes. Donc, globalement, les usagers et les applications ne sont pas impactés.

David Gordon
Concrètement, lorsqu’il y a un accident, il y a un des dix câbliers qui doit revenir et modifier une portion, un tronçon de câbles, c’est ça ? Ça doit être incroyablement compliqué.

Benoît Ampeau
Ça l’est plus ou moins. Si c’est à 2000 des Côtes et que ce n’est pas trop profond, tout va bien. Quand on est au grand large, là, effectivement, ça peut prendre beaucoup plus de temps avec des engins spécifiques et avec des opérations beaucoup plus coûteuses en temps et en argent, bien sûr.

Richard Coffre
Effectivement, juste deux exemples. Pour le dernier incident qu’il y a eu en mer Baltique, au bout de dix jours ça a été réparé lorsque ça s’est produit au large de l’Afrique de l’Ouest.

David Gordon
Ce qui me paraît déjà court, moi, personnellement vu la difficulté.

Richard Coffre
Ce qui est court. Parce qu’en mer Baltique, ce n’est que 150 mètres de profondeur.

David Gordon
D’accord. Donc 10 jours, 150 mètres. On a le ratio à peu près.

Richard Coffre
Au large de l’Afrique de l’Ouest, ça a mis six mois.

David Gordon
On voit bien la difficulté de corriger et de réparer ces câbles. J’ai envie de parler d’innovation, Benoît. Quelles sont finalement les innovations qui pourraient permettre d’améliorer la durabilité de ces câbles pour qu’il y ait moins d’accidents, qu’ils puissent faire face à tous les risques actuels et futurs, finalement ?

Benoît Ampeau
Les risques, on l’a justement un petit peu évoqué, ces câbles et les capacités des câbles progressent. On a eu un ratio de fois 100 ou x100 ? sur les capacités de câbles sur le débit. On peut imaginer qu’une coupure est un problème, mais effectivement, le fait qu’on ait des autres câbles qui ont aussi une capacité augmentée font que ça reste indolore. L’innovation est dans la capacité de traitement des câbles et la capacité à faire passer beaucoup plus d’informations sur le même support. Ça, c’est une première innovation.

David Gordon
Donc, partant sur la solidité du câble, c’est ça ?

Benoît Ampeau
La solidité du câble, c’est une chose. Donc, près des côtes, les câbles sont renforcés, légèrement enterrés et après, ils sont déposés dans les faux-marins plus profonds. Et après, le fait que les câbles ont une capacité et des débits beaucoup plus importants qu’avant, là, la durabilité est assurée par cette capacité à traiter l’information. Ensuite, les câbles font transiter de l’information et donc il y a des travaux sur les protocoles internet, sur, par exemple, des algorithmes de compression des données ou des flux vidéo. Donc, c’est aussi…

David Gordon
On met beaucoup plus de choses dans le câble…

Benoît Ampeau
On met beaucoup plus de choses et on a beaucoup plus d’informations. Pareil, il y a des billes équivalentes et donc ça, c’est quelque chose d’important.

David Gordon
On est dans un podcast qui parle des coulisses du .fr, donc la France. J’imagine qu’il y a un sujet de résilience par rapport aux menaces, il y a un sujet de souveraineté lié à ces câbles-là. Quel est le rôle des États ?

Richard Coffre
Là, déjà, c’est par la réglementation et je dirais par la puissance publique.

David Gordon
C’est l’influence.

Richard Coffre
Voilà, softpower et s’assurer la démultiplication des câbles. C’est-à-dire s’il faut discuter avec tous les opérateurs pour faire que, par exemple, on va parler des Antilles. Il n’y a pas qu’un seul câble qui arrive en Martinique.
David Gordon
Comme c’est le cas aujourd’hui.

Richard Coffre
En ce moment, il y en a un deuxième. C’est pareil pour l’Île de la Réunion. Donc, la puissance publique, il y a cette première étape : veiller à la redondance, la résilience par la démultiplication des câbles. Et puis après, il y a la surveillance. Là, on entend de plus en plus que les marines nationales vont surveiller ces câbles-là. Avant, ce n’était pas le cas. Et là, pour revenir sur le fait que la France est la deuxième ZEE au monde, on voit que le Pacifique est très grand, mais notre marine nationale, du coup, s’attache de de plus en plus à surveiller un peu certaines zones pour éviter que des concurrents puissent se promener trop près de nos câbles qui sont essentiels.

David Gordon
Benoît ?

Benoît Ampeau
Pour la régulation, ces câbles et ces opérateurs, aussi géants qu’ils soient, de la production du contenu, aux centres de données et jusqu’aux utilisateurs finaux, avec la connectivité et la délivrance de contenus ou de services. On a parlé de points d’atterrissement, donc ils arrivent physiquement dans des pays où il y a des régulations, des lois, etc. Les États auront aussi quand même leur mot à même face à ces géants, parce que ces géants ont besoin de ce marché et des marchés nationaux de ces États pour se développer économiquement. Il y a tout, effectivement, un jeu de discussion et de dialogue pour avoir le bon équilibre entre régulation et besoins économiques de ces opérateurs.

David Gordon
Ma dernière question, elle est toute simple. On sent aussi qu’il y a une guéguerre entre les acteurs. On voit Starlink dans le ciel. Parfois, d’ailleurs, ça scintillait, ça ne scintille plus. Est-ce qu’on peut s’attendre à aussi un basculement du poids du corps entre ce qui va se passer dans le ciel et ce qui se passe dans l’eau ?

Benoît Ampeau
Le spatial se développe énormément, mais le spatial ne pourra pas dépasser dans les années prochaines la capacité et les caractéristiques propres aux câbles sous-marins et aux fibres optiques. Les informations qui transitent sur internet passent essentiellement par le terrestre, par le spatial. Il y aura quand même des enjeux au niveau de la latence, donc des temps de réponse entre l’envoi d’une information et la réception. Aujourd’hui, ça s’améliore énormément, mais on n’est pas encore dans les mêmes performances que les câbles de sous-marins. Donc, le spatial va se développer, mais l’information arrive sur Terre et donc l’information sera aussi relayée dans ces câbles sous-marins, un petit peu comme votre opérateur mobile, à des antennes sur le territoire, mais à un moment, ça rentre dans son cœur de réseau qui est là, totalement fibré, connecté et très performant.

David Gordon
Merci beaucoup à tous les deux. Merci pour cette plongée sous-marine dans ces câbles qui nous permettent de communiquer, d’utiliser nos réseaux sociaux, nos e-commerces… On a mieux compris les enjeux, les menaces, la technologie aussi qui est derrière. Merci beaucoup, Benoît Ampeau, directeur des partenariats et de l’innovation à l’Afnic. Et merci Richard Coffre, chef de projet transverse à l’Afnic, à la DSI. Merci. On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de Derrière le.fr, le podcast qui vous permet de découvrir les coulisses de l’Internet Made in France. À très bientôt !

Protection des données : faut-il les héberger chez soi ?

Le second épisode s’intéresse à la protection des données, à travers une question devenue centrale : faut-il héberger ses données chez soi Cloud, datacenter ou en interne, un véritable tour d’horizon des options possibles.

David Gordon
Que signifie concrètement sauvegarder ses données chez soi ? Quelles compétences sont nécessaires pour sécuriser une solution locale ? Et bien entendu, quels sont les aspects économiques et environnementaux à prendre en compte ?

Virginie Navailles
L’enjeu est vraiment de regarder avec qui on travaille, que ce soit une solution de cloud ou une solution comme nous, on le choisit à l’Afnic, on met des critères environnementaux aux partenaires. Il y a une réglementation qui se met en place en France, en Europe sur l’impact environnemental du numérique. Nous par rapport à nos choix, on choisit pour la sécurité, pour un niveau technique. On met beaucoup de critère de choix environnementaux et RSE, c’est-à-dire aussi sociaux.

David Gordon
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur Derrière le .fr. Faut-il héberger ces données chez soi ? C’est la question que nous allons nous poser dans cet épisode, à l’heure où la confidentialité et la protection des données est un sujet d’inquiétude pour de nombreuses entreprises, une inquiétude légitime. Est-ce qu’il faut confier ses données chez un fournisseur de services tiers, cloud, ou les héberger directement chez soi ? C’est la question que l’on va évoquer aujourd’hui dans ce nouvel épisode de Derrière le .fr. Et je vous propose d’analyser les enjeux à la fois techniques, économiques, environnementaux, légaux de l’hébergement des données, sans oublier la question de la souveraineté numérique qui est importante. Que signifie concrètement sauvegarder ses données chez soi ? Quelles compétences sont nécessaires pour sécuriser une solution locale ? Comment cela se compare par rapport aux offres de cloud ? Et bien entendu, quels sont les aspects économiques et environnementaux à prendre en compte ? Pour répondre à toutes ces questions, je reçois aujourd’hui Virginie Navailles. Bonjour Virginie.

Virginie Navailles
Bonjour !

David Gordon
Virginie, vous êtes Responsable des démarches transversales RSE. C’est bien ça ?

Virginie Navailles
Tout à fait.

David Gordon
Et Régis Massé, directeur des Systèmes d’information et directeur technique de l’Afnic.

Régis Massé
Bonjour David.

David Gordon
On a déjà eu le plaisir d’échanger ensemble lors d’un précédent podcast.

On va découvrir notamment les raisons pour lesquelles l’Afnic, l’acteur clé de l’écosystème numérique français et de la gestion et protection des noms de domaines en .fr, a décidé d’héberger ses données en France, sur ses propres infrastructures. Alors on y va, c’est parti. Bonne écoute.

Pour démarrer cet entretien, Régis aimerait qu’on définisse un petit peu les choses. Quelle est la différence entre un stockage en datacenter et en cloud ? Qu’on comprenne bien.

Régis Massé
C’est assez simple. L’idée de ce qu’on appelle le on-premise, c’est-à-dire avoir chez soi, ça peut être dans sa salle machine si on est une très grande entreprise ou dans un datacenter. Nous, à l’Afnic, on est trop petit, on est 90 personnes. On ne va pas avoir une salle machine, une salle blanche comme peuvent l’avoir les datacenters. Donc, on loue des baies informatiques.

David Gordon
Mais c’est chez vous. Vous êtes locataire de ça, mais c’est chez vous.

Régis Massé
Oui, parce qu’on les a louées avec ce qu’on appelle une cage privative qui fait que seules les équipes de l’Afnic et les équipes du datacenter ont le droit d’entrer dans cette cage pour avoir accès aux infrastructures. Ça, c’est vraiment un volet de sécurité. À contrario, le cloud, c’est : je demande à un prestataire d’héberger mes données, d’héberger mes serveurs et c’est eux qui gèrent eux-mêmes leur datacenter ou ont des prestataires qui gèrent ces infrastructures. Mais je ne suis pas, moi, en relation contractuelle avec l’hébergeur de la solution.

David Gordon
On l’a compris, vous avez fait le choix d’héberger vos données dans un datacenter. Donc, chez vous, pourquoi ce choix, Régis ?

Régis Massé
On a fait le choix d’héberger nos infrastructures et donc nos données dans des datacenters qui sont en France, un dans la région parisienne et un autre dans les Bouches du Rhône, de manière à pouvoir les écarter en termes de plans de reprise d’activité et d’avoir dans ces datacenters la location de cache privative sur lequel on a nos infrastructures, nos baies informatiques, nos serveurs et donc le stockage de nos données. Il y a deux types de données que l’on gère à l’Afnic. On va gérer la base de données du .fr et des extensions que l’on gère. Cette base de données, il faut rappeler qu’elle ne nous appartient pas. C’est un actif de l’État qui nous donne, en tant que concession de service public, la possibilité de pouvoir gérer ces noms de domaine en .fr. Comme ce n’est pas quelque chose qui nous appartient, l’État souhaite et nous demande de gérer nous-mêmes la base de données et de gérer ces données en France dans des datacenters. Il y a également des données pour le travail quotidien des collaborateurs, donc là c’est sur des serveurs de fichiers classiques, mais on gère également, on a pris le parti de gérer nous-mêmes les infrastructures qui hébergent ces données.

David Gordon
Tant qu’à faire, une fois qu’on a ouvert la porte à l’hébergement chez soi, on le fait pour tout. Concrètement, quelle sécurité apporte cette solution par rapport à un cloud ?

Régis Massé
L’idée pour nous, c’est d’avoir la maîtrise complète et le contrôle complet de nos infrastructures, systèmes et de stockage, mais également les infrastructures réseaux. Même si aujourd’hui, le cloud est sécurisé, les solutions de cloud apportent énormément de choses, on a une maîtrise aujourd’hui et une souveraineté de pouvoir avoir nous-mêmes la gestion et l’emplacement des infrastructures qui contiennent les données.

David Gordon
Est-ce qu’il y a un sujet de pouvoir s’assurer que c’est toujours accessible 24 heures sur 24, que vous êtes maître des moments de maintenance ? J’imagine, il y a un sujet de continuité qui est stratégique et même économique. Si les sites internet tombent, du coup, l’économie française a le plomb dans l’aile.

Régis Massé
C’est ça. Au-delà des sites internet, le fait que le DNS ou que les noms de domaines en .fr ne répondent plus, ferait que l’ensemble des services qui sont les services internet liés à ces noms de domaines en .fr ne fonctionnent pas. Il n’y a pas forcément que des sites web. Il y a aussi toutes les adresses de messagerie. Il y a aussi tous les transferts de fichiers potentiels. Du coup, mes équipes techniques au niveau de la DSI ont un rôle, pour certains, d’astreinte 24/7. Et, le fait qu’on maîtrise nous-mêmes, d’une part, les technologies d’infrastructures et que l’on puisse intervenir directement sur nos infrastructures, sur nos serveurs, sur nos équipements, assure une haute résilience de ces infrastructures.

David Gordon
Alors, on dit que c’est chez vous. Là, on est actuellement dans les locaux de l’Afnic, mais les données ne sont pas ici. Non, du tout. D’ailleurs, c’est un changement. Elles étaient à l’époque dans les anciens bureaux, dans une salle du siège de l’Afnic et il y a eu une évolution par rapport à ça.

Régis Massé
Ça, c’est assez simple. Ça fait quelques fois que l’on change d’emplacement et là, on vient d’acheter un bâtiment, mais on a pris la décision avec mon responsable IT de ne plus avoir d’hébergement d’infrastructures importantes dans les locaux de Saint-Quentin.

David Gordon
Pourquoi ?

Régis Massé
Tout simplement parce qu’une salle de machines que l’on gère soi-même dans son bâtiment ne peut pas être à la hauteur ni de résilience, ni de sécurité, ni de de protection que l’on peut avoir dans des datacenters dignes de ce nom. Et c’est pour ça qu’on a décidé d’avoir les infrastructures de production dans des datacenters et non plus au siège.

David Gordon
Alors, les clouds ont également des données dans des datacenters. J’imagine qu’ils travaillent très fort les sujets de sécurité. Finalement, pour Quel type de données est-ce pertinent de les mettre dans des clouds, dans des hébergements tiers ? Parce que c’est aussi une solution viable.

Régis Massé
Oui, effectivement, les solutions de cloud aujourd’hui apportent des solutions très sécurisées également. Je ne dis pas que seules les infrastructures opérées par l’Afnic sont suffisamment sécuriser pour respecter ce que l’on a. Les solutions de cloud offrent des certifications diverses. On va aller de données financières, des données de santé. Il y a des certifications officielles pour ce genre de choses. Nous, l’idée, c’est que c’est un métier un peu particulier. Le DNS, c’est justement ces noms de domaine.

David Gordon
Alors oui, on va rappeler ce que c’est que le DNS.

Régis Massé
Effectivement, le DNS, c’est la possibilité de pouvoir traduire pour un humain et pour une machine un nom de domaine, par exemple Afnic.fr, et de pouvoir tout de suite avoir derrière l’accès à la ressource, le site web ou le serveur de messagerie qui est associé à cette chose-là. Et donc, c’est un métier de niche très particulier. On est le seul acteur en France à gérer le .fr. On est une concession de services publics choisit par l’État. Et même si les opérateurs de cloud aujourd’hui peuvent assurer de la sécurité et restent à haut niveau de disponibilité des données, bien évidemment, nous, ce que l’on cherche d’abord, c’est une assurance de localisation en France, sur le territoire, et ne pas être dépendant d’un tiers complémentaire. Le tiers, c’est notre datacenter que l’on choisit sur appel d’offres, mais on ne peut pas être dépendant d’acteurs qui pourraient déployer nos infrastructures en Europe ou dans monde.

David Gordon
Quels sont les différents coûts, c’est aussi un peu ça, le nerf de la guerre, finalement, de ces différents types d’hébergement ? Régis, puis après peut-être Virginie, sur les différents frais de prestataires et les impacts par rapport à l’environnement.

Régis Massé
En termes de coûts, c’est assez compliqué parce qu’on pourrait se dire au départ, en regardant le sujet un peu rapidement, qu’acheter du matériel, louer des baies dans un datacenter peut avoir un certain coût. D’ailleurs, ce sont des immobilisations, donc ce sont des amortissements à longue échelle. Et dans un cloud, souvent, ce que l’on fait, c’est qu’on achète au besoin. C’est-à-dire qu’on va commander des serveurs, on va à acheter en fonction de l’utilisation. Ce qui se passe, c’est qu’en termes de coûts à plus long terme, nous, on amortit, par exemple, toutes nos infrastructures, nos équipements sur sept ans. Et donc, on a une assurance de stabilité de ce coût que l’on a acheté sur sept ans. Moi, je ne sais pas dire aujourd’hui quel sera le business model d’un acteur de cloud dans sept ans. Est-ce que son prix aura complètement explosé ? On le voit actuellement avec des éditeurs qui se rachètent les uns les autres. J’ai des coûts de licence, par exemple, qui sont en train d’augmenter fortement. Je ne donnerai pas de nom là à l’antenne, mais j’ai des éditeurs qui ont été rachetés par d’autres acteurs américains et j’ai un facteur deux, voire trois, sur certains coûts de licence. Le fait d’acheter nous-mêmes et d’amortir nos infrastructures et nos équipements et nos hébergements en datacenter me permet de garantir sur un certain nombre d’années une stabilité financière.

David Gordon
Et puis, il y a un impact environnemental. Vous comparez, vous, Virginie, le coût, les frais avec l’environnement. Les deux sont liés pour vous ?

Virginie Navailles
Oui, c’est totalement lié. Moi, je vois un avantage, justement, au fait d’acquérir nos machines et de les garder pendant sept ans. On sait maintenant, on a tous entendu les chiffres que le gros de l’impact environnemental des matériels, c’est leur fabrication, environ 80%. Nous, de garder sept ans nos machines, ça permet de réduire cet impact environnemental au global. C’est d’ailleurs maintenant une des bonnes pratiques de numérique responsable. On nous dit : Gardez vos appareils plus longtemps. Pareil, le smartphone, on nous dit qu’il ne faut pas changer tous les ans, il faut le garder cinq ans. Donc, ça a aussi un impact sur le bilan carbone de l’Afnic.

David Gordon
Ça veut dire que vous les maintenez vos outils, vos serveurs, pour qu’ils durent le plus longtemps possible.

Virginie Navailles
Tout à fait. Voilà, le plus longtemps possible pour réduire l’impact et en acheter le moins régulièrement possible.

David Gordon
Alors, est-ce qu’il y a des projets qui se prêtent quand même plus au cloud ? Là, on parle de données imminemment stratégiques, celles des DNS, comme vous venez de l’évoquer, Régis. Moi, personnellement, j’ai une petite entreprise et j’imagine que toutes les personnes qui nous écoutent n’ont pas des données aussi importantes que celles qui sont stockées par l’Afnic. Alors qu’on se dit : Est-ce qu’on peut quand même les mettre sur le cloud ?

Régis Massé
Bien sûr. Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a que le on-premise, c’est-à-dire le stockage chez soi qui compte. Typiquement, à l’Afnic, on a pris la décision de gérer les données du .fr dans nos infrastructures avec les équipes, et je vais reparler de mes équipes un peu plus tard.

David Gordon
Et 40 personnes, je crois.

Régis Massé
C’est ça, je vais reparler un peu de mes équipes derrière, mais pour répondre à la question, il y a un ensemble de services que l’on a pris en Saas, c’est-à-dire des choses qui ne sont pas de notre cœur métier, les données d’un SIRH, par exemple, notre système de gestion de comptabilité, ce sont des services en SaaS et donc les données sont bien hébergées dans du cloud. Parce qu’aujourd’hui, on n’a pas de valeur ajoutée.

David Gordon
Ça nous rassure quand même parce qu’on se dit : Moi qui les mettais dans le cloud, OK, on n’est pas complètement dans le mal.

Régis Massé
Une fois de plus, comme je l’ai dit tout à l’heure, les services de sécurité et les hauts niveaux de sécurité d’exigence des clouds, aujourd’hui, que ce soit des clouds souverains ou des clouds publics, voire du hybride, les différents modèles de cloud ont des certifications qui montent à très haut niveau de sécurité. Nous, notre choix, il n’est pas que sur la sécurité, il est aussi la possibilité de gérer de A à Z nos infrastructures. Sur 90 personnes à l’Afnic, ma DSI, c’est 40 personnes. Moi, je compte sur l’humain et j’ai encore la chance aujourd’hui de pouvoir apporter à mes équipes la possibilité d’être là sur tous les maillons de la chaîne. C’est-à-dire qu’ils ne vont pas être comme dans d’autres entreprises où les équipes IT, par exemple, utilisent des services de cloud, font du provisionning de machines en appuyant sur des boutons, sur des interfaces Web en disant : « J’ai besoin d’un serveur qui fait ça, ça, ça, je clic, clic, clic ». Nous, on a la possibilité, et c’est d’une part de la motivation des équipes et c’est de l’employabilité. J’ai des gens qui sont très techniques et sur lesquels on les forme, on les habitue, on les habitue à travailler sur tous les maillons de la chaîne et ils ne sont pas juste qu’une partie de cette chose-là.

David Gordon
Alors, si je suis DSI, que j’ai envie de localiser mes données, peut-être pas chez moi, au siège, mais dans un datacenter qui m’appartient, il faut que je m’apprête à recruter 40 personnes ?

Régis Massé
Non, 40 personnes, c’est la DSI, mais l’équipe IT, c’est 15 personnes aujourd’hui, puisque j’ai des équipes de développement logiciel et puis j’ai des équipes d’intégration continue, de testing.

David Gordon
D’accord, donc tout le monde n’est pas sur le stockage.

Régis Massé
Bien sûr que non. D’ailleurs, tout le monde n’est pas sur le stockage dans le sens où dans mon équipe IT de 15 personnes, il y a des gens en spécialistes réseaux, il y a des gens en spécialistes des systèmes.

David Gordon
Combien de personnes il faut ?

Régis Massé
Sur le stockage, il faut quelqu’un qui maîtrise effectivement la notion de stockage. C’est souvent une ou deux personnes sur le système, puisqu’on va utiliser, je vais essayer de pas utiliser trop d’acronymme, mais des serveurs de NAS.

David Gordon
Il y a des experts qui nous écoutent. Tant qu’on les écoute, ça va.

Régis Massé
Utiliser des NAS, utiliser des bases de données, forcément. Il me faut un DBA, un expert base de données, il me faut au moins un expert sur les systèmes de stockage.

David Gordon
C’est une demi-douzaine de personnes.

Régis Massé
Et après, il me faut des gens aussi pour la sauvegarde, parce que ça, c’est un point également. L’idée, ce n’est pas de juste de dire : Les données sont quelque part dans un cloud ou sont chez nous. Mais en plus, si elles sont chez nous, c’est à nous d’assurer la sauvegarde. Ce qui peut, pour une petite entreprise comme la vôtre, David, avoir un sens, parce qu’une petite entreprise peut se dire : Non, moi, je n’ai pas envie de gérer un plan de continuité d’activité. Je n’ai pas envie de gérer de la sauvegarde.

David Gordon
Moi, j’ai envie de déléguer ça complètement, je suis d’accord.

Régis Massé
Et vous avez raison. Et j’aurais tendance à dire : Vous avez raison de par votre critère. Nous, la nôtre, c’est de dire : OK, si je commence à externaliser plein de choses, pourquoi l’État nous choisirait dans un prochain appel d’offres ? Et là, j’ai un risque.

David Gordon
Voilà la question. Vous parlez de l’État. J’ai envie qu’on prenne un peu de hauteur, on parle un peu de stratégie. Est-ce que vous sentez une vague de protectionnisme avec un souhait de vraiment avoir des données françaises en France ? Est-ce que ça pousse de plus en plus, Régis ?

Régis Massé
Ça, c’est très clair. La géopolitique actuelle et le problème que l’on voit…

David Gordon
On ne fait plus confiance aux données hébergées à l’étranger.

Régis Massé
Ce n’est pas qu’on ne fait pas confiance, mais aujourd’hui, regardez, il y a des câbles sous-marins qui sont coupés. Il y a des États qui sont en guerre les uns contre les autres. On commence à parler de fragmentation et de fracture de l’internet. Il y a beaucoup de sujets géopolitiques qui dépassent le cadre d’une DSI, mais qui, sur la gouvernance de l’internet, font que oui, sur les données sensibles, on va essayer de faire du… Protectionnisme, c’est peut-être un mot fort, mais au moins de se dire : On va essayer d’en garder une maîtrise. Garder une maîtrise, au niveau géographique, c’est déjà une chose importante, même si aujourd’hui, par exemple, des appels d’offres sont européens et non plus juste français. Mais se dire : Si on est en Europe, déjà, ça va. Maintenant que mes données partent aux États-Unis, en Chine, en Russie, en Inde, je ne sais pas dans quel pays, avec les évolutions politiques que l’on peut avoir, oui, sur des données sensibles, il faut lui faire attention.

David Gordon
Virginie ?

Virginie Navailles
C’est aussi pertinent sur l’aspect la responsabilité sociétale, parce que souvent, on voit juste le prisme un peu environnemental, mais si on regarde la norme ISO 26 000, qui est la norme internationale sur la responsabilité sociétale, il y a des domaines d’action très précis, dont deux : accès au service essentiel et protection des données. Donc, c’est tout à fait pertinent aussi de ce point de vue-là. Et puis, au niveau européen, on a une réglementation. Comme le disait Régis, le périmètre peut rester européen. Après, au-delà, ça devient un peu plus compliqué ou moins maîtrisable. Donc, c’est quand même assez important de garder ça en vue.

David Gordon
En termes d’empreinte environnementale, est-ce qu’il y a des grandes différences entre ces opérateurs et une solution locale chez soi ? J’imagine comme ça que lorsqu’on mutualise avec des opérateurs, il y a des effets où on mutualise des choses et l’empreinte est peut-être moins importante, mais peut-être que je me trompe. Dites-moi.

Virginie Navailles
Il y a deux choses. Le grand enjeu dans le numérique, c’est la maîtrise des données et vraiment de mesurer l’impact. Il y a quelques années, le cloud, ça paraissait un petit peu la solution miracle. Il faut dire que la représentation un petit peu marketing du petit nuage ne nous aidait pas, ça n’avait pas d’impact. Clairement, le cloud, les données, elles sont stockées, traitées dans des datacenters sur des infrastructures physiques comme on peut avoir, nous, quand on choisit une solution souveraine en interne. Donc, en fait, c’est la même chose. C’était juste une histoire de mesure de l’impact du cloud qui paraissait à l’époque moins important que celui d’infrastructures physiques.

David Gordon
J’ai moi-même cette idée reçue que vous allez casser tout de suite, j’ai l’impression.

Virginie Navailles
Oui, voilà, parce que maintenant, on commence à le mesurer. Il y a une étude qui est menée depuis plusieurs années par l’ARCEP et l’ADEME sur l’impact environnemental du numérique qui nous le montre bien. Et d’ailleurs, les acteurs du cloud se prêtent à cette étude. Maintenant, on voit bien que c’est à peu près similaire. L’enjeu est vraiment de regarder avec qui on travaille, que ce soit une solution de cloud ou une solution comme nous, on choisit à l’Afnic avec Régis. On met des critères environnementaux aux partenaires. Il y a une réglementation, on en est ravis, qui se met en place en France, en Europe, sur l’impact environnemental du numérique. Donc, il y a des acteurs de cloud qui sont juste conformes à la réglementation. Il y en a qui ont des politiques plus volontaristes. Ça, on les connaît, ils sont en général assez promptes pour communiquer quand ils en ont. Nous, par rapport à nos choix, on choisit pour la sécurité, pour un niveau technique. On met beaucoup de critères aussi de choix environnementaux et RSE, c’est-à-dire aussi sociaux.

David Gordon
Donc, vous arrivez à la mesurer quand même, même si ce n’est pas vos opérateurs, vous avez quand même des leviers. Peut-être qu’il y a des opérateurs externes qui savent auditer, qui savent donner des bonnes notes ou des mauvaises notes à certains opérateurs.

Virginie Navailles
Oui, au niveau environnemental, tous nos datacenters et même d’autres acteurs ont des… Nous, on choisit des data centers qui ont des certifications, soit de sécurité environnementale, de gestion de l’énergie.. Il y a vraiment tout un éventail de certifications qui donnent des garanties chez les uns et chez les autres.

David Gordon
Et chez vous, vous avez mesuré l’impact ? Parce que c’est bien de regarder chez les autres, mais c’est bien de regarder chez soi aussi.

Virginie Navailles
Oui, donc nous, à l’Afnic, on est vraiment un acteur du numérique qui est pionnier sur la question du développement durable. On fait un bilan carbone de manière volontaire. On n’est pas du tout soumis à l’obligation, mais depuis 2012 et on le fait de manière annuelle, parce que c’est vrai que les réglementations, c’est par exemple tous les trois ans. Donc nous, on est vraiment très proactifs sur le sujet. On mesure, même dans les datacenters qui sont des vrais partenaires, pour nous, qu’on choisit pour de bonnes raisons, on mesure notre consommation dans ces datacenters. On les challenge pas mal et on fait beaucoup de pédagogie auprès de nos partenaires, notre écosystème, pour essayer de les embarquer dans cette vague de vous aussi, acteurs du numérique, soyez conscient de votre impact et essayez de progresser sur ces sujets.

David Gordon
Une question à tous les deux : en quoi le .fr peut participer à avoir des stockages plus vertueux et à ancrer une notion de souveraineté dans la gestion des données ? Régis ?

Régis Massé
La souveraineté sur le .fr, c’est une ressource nationale puisque c’est vraiment quelque chose qui, je vous le disais, appartient à l’État français. Donc, l’idée de souveraineté, d’avoir une information capitale et un actif capital de l’État français dans une infrastructure de stockage en France, il y a cette notion de souveraineté, ça, c’est très clair. On a une d’approche globale là-dessus, c’est-à-dire qu’on a des critères de sécurité, on a des critères environnementaux, on a des critères de protection des données et on en est responsable. C’est-à-dire qu’en tant que concession de service public, on nous donne responsable de cet actif, de cette base de données. Et du coup, s’en sentant responsable, on met tout en place pour la protéger et la faire fonctionner le mieux possible.

David Gordon
Virginie ?

Virginie Navailles
C’est vraiment une approche globale. Nous, on a un système de management de la responsabilité sociétale basé sur la norme ISO 26000, qui a tous ces aspects humains, environnementaux, de protection des données, d’accès aux services essentiels, de développement de la technologie. C’est vrai que quand on parle responsabilité sociétale, souvent, on pense juste au volet un peu environnemental, on va dire, développement durable, mais c’est beaucoup plus large que ça. L’approche doit être vraiment globale et proactive.

David Gordon
Avant de terminer, j’aimerais vous poser la dernière question, une question à tous les deux : comment chacun des modèles réussit ou tente-t-il de convaincre ces détracteurs ? Régis, sur la partie technique, sécuritaire, par exemple.

Régis Massé
C’est assez compliqué parce qu’il n’y a pas une solution qui est bien, une solution qui est mauvaise. Je vais passer pour Astérix dans son village gaulois, mais c’est vrai que nous, on a fait le choix d’héberger nous-mêmes nos données et nos infrastructures parce qu’on a vraiment voulu axer autour des thèmes de la sécurité, du contrôle et de la performance, même si des solutions de cloud aujourd’hui diront dans les détracteurs « Nous aussi, on est performant, mais nous aussi, on est sécurisé ».

David Gordon
Et puis, il progresse, j’imagine.

Régis Massé
Il ne reste pas sur leur statu quo. Bien évidemment. Il y a même des certifications nouvelles qui sortent tous les ans pour aller plus loin dessus. Ce que je veux vraiment et auquel je tiens, c’est que mes équipes puissent rapidement avoir la main sur les infrastructures, qu’on n’ait pas appelé une hotline d’un hébergeur de cloud, qui n’est peut-être même pas en Europe et qui est une hotline quelque part dans le monde, de pouvoir agir.

David Gordon
Quels sont les progrès qui font ces opérateurs cloud ?

Régis Massé
Ils sont de plus en plus sécurisés. Ils font évoluer leur réseau, ils font évoluer leurs normes de sécurité. Ils ont un ensemble de normalisations très larges pour pouvoir stocker des données de différents ordres financières, santé, etc.

David Gordon
Et puis, ils ont des grandes innovations. Je crois qu’on peut avoir maintenant des mini-clouds chez soi. C’est ça ?

Régis Massé
L’hébergeur de cloud, lui, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va proposer des choses et l’hybride, c’est-à-dire avoir finalement un cloud d’une entreprise chez soi, des gens commencent à le proposer. Il y avait cette semaine, par exemple, l’OVH Summit, la réunion annuelle d’OVH pour ses clients. Je n’ai pas pu y participer, mais j’ai vu Octave Klaba publier sur LinkedIn une information en quoi on peut avoir maintenant une baie, une espèce de baie qu’il appelle le cloud on-premise. C’est assez drôle. C’est grosso modo une baie qui serait gérée par eux, mais qui serait dans vos infrastructures. Mais par contre, à l’inverse quand même, parce que je sors peut-être de mon village gaulois, mais on regarde quand même en termes d’innovation. À l’Afnic, on a une équipe de R&D et ces gens-là, pour faire de l’innovation, ils ont besoin de flexibilité. C’est-à-dire que si je commence à dire : OK, il faut que je vois mon équipe réseau, mon équipe serveur, mon équipe système pour vous mettre une machine à disposition pour un test que vous avez besoin de faire aujourd’hui pour demain, ça va être compliqué. Il faut se rappeler quand même que la concession de service public, donc cet Afnic, dans lequel nous travaillons, elle est suivie de près par l’ANSSI. On est certifié ISO 27 001, mais on est surtout opérateur de services essentiels de par la directive NIS. Pour toutes ces infrastructures critiques, on souhaite et on veut vraiment en avoir la maîtrise et donc la gérer nous-mêmes. Mais pour ne pas bloquer les développements et les travaux de la R&D.

David Gordon
Parfois vous prenez un cloud, ça va plus vite.

Régis Massé
Exactement. C’est-à-dire que les personnes de la R&D vont pouvoir paramétrer, vont pouvoir commander une machine qu’ils auront dans la demi-heure ou dans l’heure et pouvoir faire des tests et faire des travaux d’innovation.

David Gordon
Et dans un monde qui évolue beaucoup, on a besoin de grande flexibilité. C’est ce qu’apporte le cloud en l’occurrence.

Régis Massé
Je ne veux surtout pas bloquer et freiner l’équipe R&D chez nous.

David Gordon
Non, il serait fâché. D’un point de vue environnemental, Virginie, quelles sont les évolutions que font les uns et les autres ? Les clouds peut-être ?

Virginie Navailles
Il y a beaucoup d’évolutions. Une solution n’est pas meilleure que l’autre. Moi, le mois dernier, j’étais au Green Tech Forum, qui est un événement annuel. C’était la quatrième édition et on a vu une présence de plus en plus importante d’acteurs du cloud.

Régis Massé
D’ailleurs, c’est pour ça qu’un modèle qui émerge, dont on parle de plus en plus, c’est le cloud hybride, puisqu’en fait, c’est tirer la meilleure partie des demandes, avoir quelque chose de cloud que l’on peut avoir chez soi. Nous, on est vraiment, comme je le disais, sur du on-premise parce que…

David Gordon
Vous, c’est village gaulois. Oui, c’est ça.

Régis Massé
Pour l’instant, Pour l’instant, je n’ai pas ouvert les barrières du village. On ne rentrera pas sur une certaine partie.

David Gordon
Mais si ce n’était pas des données aussi stratégiques et souveraines, on pourrait aller sur du cloud hybride.

Régis Massé
Et pour compléter, l’idée, c’est qu’aujourd’hui, j’ai même une des parties de nos solutions métiers que l’on est en train d’envisager à aller faire tourner sur du cloud au cas où certains clients, pour d’autres extensions, on gère le .fr, mais on gère d’autres extensions comme le. paris, le. alsace, etc. Et imaginons que ces acteurs-là demandent que ce soit dans leurs infrastructures ou dans du cloud, il faut que nos solutions puissent le proposer. On a fait les tests qui permettaient, on a les solutions techniques et on a fait les tests concluants qui permettent d’aller vers ça si un jour, on nous le demande.

David Gordon
Merci beaucoup pour ces éléments, pour cet échange passionnant. J’imagine que celles et ceux qui ne connaissent pas encore le sujet ont des clés maintenant pour réfléchir, pour que chacun puisse prendre la bonne décision. À très bientôt sur le podcast Derrière le .fr.

Ces deux épisodes reflètent la volonté de l’Afnic, de partager son expertise sur les enjeux qui façonnent le numérique.

Derrière le .fr

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