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« La littératie en IA est un enjeu démocratique »

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Le 16/02/2026

À l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans un nombre croissant de services, Renaissance Numérique publie un rapport intitulé « Déployer une littératie en IA pour une société inclusive et émancipatrice ». Son objectif : poser les bases d’une relation plus éclairée, plus équilibrée, entre les décideurs et citoyens et ces technologies. Entretien avec Jean-François Lucas, délégué général de Renaissance Numérique.

Pourquoi ce rapport ?

Jean-François Lucas : L’IA générative transforme notre société à un rythme sans précédent, alors même que 16 millions de Français restent éloignés du numérique. La littératie en IA est donc un impératif démocratique, social et économique.

Littératie signifie : disposer de connaissances et de compétences variées pour comprendre, utiliser et maîtriser un dispositif technique comme l’IA. L’ensemble de ces compétences et connaissances permettent ainsi de prendre des décisions éclairées dans l’usage et l’adoption, ou non, de ce type de dispositif. Et ainsi d’éviter dépendance, manipulation et reproduction de biais.

L’IA générative démocratise l’accès aux outils numériques pour des publics traditionnellement exclus, mais son usage éclairé exige des connaissances critiques pour permettre l’autonomie intellectuelle des citoyens face aux stratégies de maximisation de l’adoption par les détenteurs de capitaux technologiques. Le défi central réside ainsi dans la résolution de la tension entre l’urgence économique de l’adoption de l’IA et la nécessité de l’acculturation critique.

Comment votre rapport aborde-t-il les aspects pratiques de la mise en œuvre de la littératie en IA ?

J.F. Lucas : Le rapport clarifie les concepts fondamentaux de l’IA. L’objectif de la littératie est d’en comprendre les principes fondateurs, pour faire des choix éclairés. Ainsi, au niveau individuel, chaque décideur doit adopter une posture de responsabilité intellectuelle. Au niveau collectif, il préconise un changement de paradigme dans la formation initiale, par exemple, repensant globalement les programmes scolaires et définissant un socle de réflexion intégrant justice sociale et environnementale.

Quelles sont les recommandations clés pour la mise en œuvre de ces propositions ?

J.F. Lucas : La mise en œuvre nécessite une coordination renforcée entre l’ensemble des parties prenantes, des financements durables orientés vers l’inclusion et la formation tout au long de la vie, une vision stratégique partagée et une gouvernance démocratique, et des mécanismes redistributifs spécifiques pour la montée en compétences du plus grand nombre, afin de réduire les inégalités d’accès et d’usages aux bénéfices de l’innovation. L’accompagnement de la parentalité numérique et la médiation de proximité sont également essentiels.

Le rapport parle d’une société « émancipatrice ». N’est-ce pas une ambition un peu théorique ?

J.F. Lucas : C’est au contraire très concret. L’émancipation passe par la capacité à ne pas être enfermé dans des systèmes opaques et des croyances erronées. Si l’IA devient une infrastructure invisible qui décide pour nous — orientation, notation, priorisation, fausse information — sans compréhension ni recours possible, on perd en autonomie. À l’inverse, une IA comprise, débattue et encadrée peut être un levier d’émancipation individuelle et collective. Tout dépend du cadre que l’on construit collectivement.

Quel message aimeriez-vous que les lecteurs retiennent de ce rapport ?

J.F. Lucas : La littératie en IA et au numérique n’est pas un luxe intellectuel : c’est un prérequis démocratique. Plus nous tardons à l’organiser collectivement, plus nous acceptons implicitement que ces technologies s’imposent sans débat ni contrôle réel. Voilà vingt ans qu’il est question de développer une littératie à l’informatique, aux médias, au numérique, et maintenant à l’IA. Il est temps de passer à l’action.

Les 11 propositions du rapport

  1. Éviter les amalgames
  2. S’imposer, et imposer, une rigueur évaluative
  3. Distinguer les usages effectifs des usages promis
  4. Affirmer la littératie en IA comme un continuum évolutif
  5. Renforcer l’enseignement au numérique et à l’IA tout au long de la formation initiale
  6. Organiser des États généraux du numérique et de l’IA pour l’éducation et la formation
  7. Partager un référentiel de compétences au niveau national
  8. Responsabiliser les concepteurs et opérateurs de formations
  9. Amplifier la formation professionnelle à l’IA grâce à des mécanismes redistributifs spécifiques
  10. Renforcer les aides à la parentalité numérique
  11. Ne pas abandonner la médiation numérique