2014, "année zéro" des nTLD - quelles performances et quels enseignements?

Février 2015

2014 fut l’année du Big Bang pour les nTLD. Quel bilan tirer de cette période exceptionnelle ?

 

L’année 2014 s’est achevée avec 470 gTLD (generic top-level domains) dans la racine, dont 39 en caractères non latins, et 290 ccTLD (country-codes top-level domains) dont 41 en caractères non latins. Au total, il n’y avait donc pas moins de 760 TLD dans la racine au 31 décembre 2014, soit une augmentation de 89 % par rapport à 2013 et de 147 % par rapport à 2012. Cet accroissement est pour l’essentiel le fait des nouveaux TLD.

Ces chiffres prouvent à eux seuls que le système des noms de domaine a profondément changé en quelques mois, plus que durant ses vingt premières années d’existence. L’état des dossiers restant encore en cours de traitement par l’ICANN permet d’affirmer que ce phénomène va encore se poursuivre en 2015 et 2016, pour atteindre environ 1 350 TLD à fin 2016.

 Evolution du nombre de TLD par catégorie

Pour la majorité des TLD existant aujourd’hui, 2014 fut l’année du lancement et de la première confrontation à la réalité du marché.

Des volumes inférieurs aux attentes

La première constatation que l’on peut faire est que la demande n’a globalement pas été aussi nourrie que les registres l’espéraient. L’ICANN elle-même dut récemment revoir sérieusement à la baisse son estimation de l’assiette de noms de domaine dans les nouvelles extensions, pour l’année 2015 – 2016.

Les 3,7 millions de noms annoncés par Ntldstats.com à fin décembre 2014 dissimulent en effet des réalités contrastées pour les 327 nTLD qui avaient déjà achevé leur période de sunrise à cette époque. Si l’on se fonde sur les rapports ICANN, dont les derniers parus vont jusqu’à la fin octobre 2014, 72 % des nTLD lancés à cette date comptaient moins de 5 000 noms et moins de 1 % avaient dépassé les 100 000, souvent au moyen de stratégies très agressives sur les prix.

La gratuité, un modèle économique ?

Le peloton de tête des nTLD était constitué par des acteurs ayant mis en place des politiques de gratuité leur ayant permis d’atteindre des volumes très conséquents. Le .xyz comptait ainsi, d’après Ntldstats.com, 760 412 noms au 31 décembre 2014, soit 21 % du total des noms déposés à lui tout seul.

La logique qui sous-tend ces stratégies est sans doute que l’enjeu vital pour tout nouveau TLD est de parvenir à atteindre la taille critique qui lui permettra de devenir suffisamment connu pour asseoir son image auprès des utilisateurs et ainsi entrer dans les usages. Ce raisonnement se tient, bien qu’il s’agisse néanmoins d’un pari risqué où tout se joue sur le taux de renouvellement en fin de première année. Il repose en outre sur le fait que le critère de succès d’un TLD est le volume, alors qu’il peut exister d’autres métriques pour en juger.

La création de valeur, alternative aux approches « low cost »

Si certains registres « donnent » leurs noms de domaine comme s’ils ne « valaient rien », au risque de déprécier la perception qu’auront les utilisateurs du TLD, d’autres sont prêts à payer des sommes conséquentes pour s’arroger le contrôle d’un TLD lors d’enchères privées ou organisées par l’ICANN. Pour les seules enchères ICANN, dont les chiffres sont publics, les 10 TLD attribués par ce biais ont rapporté pas moins de 35 millions de dollars à eux tous, soit une moyenne de 3,5 millions de dollars par TLD en plus des frais de dossiers ICANN et de la rémunération des back-ends.

Il est manifeste que des structures prêtes à investir 4 millions de $ dans un TLD sont convaincues de sa valeur et du retour sur investissement qu’elles peuvent espérer en retirer. Mais l’abondance de nouveaux TLD peut aussi gêner la perception de leur valeur chez les utilisateurs, qui restent souvent à convaincre des bénéfices qu’ils en retireront.

Des TLD en quête de sens

Le « passage en force » grâce à de gros volumes est loin d’être la stratégie adoptée par la plupart des nTLD. La grande majorité de ceux-ci se positionnent sur des segments précis en termes d’activités, d’usages ou de communautés d’utilisateurs. Aussi le volume, toujours impressionnant lorsqu’il est là, ne peut-il être considéré comme un « étalon » absolu. Il faut compléter l’analyse en étudiant le taux d’utilisation et la dynamique soutenue ou non des créations dans le temps (par opposition aux poussées brutales engendrées par des opérations promotionnelles). En 2015, le taux de renouvellement sera le test principal pour savoir si les TLD lancés en 2014 sont parvenus à trouver leur marché ou s’ils peinent encore à dépasser les cercles restreints des ayants droits soucieux de protéger leurs marques et des domainers à l’affût de bonnes occasions.

Des projections 2015 établissant une trajectoire à 8 – 10 millions de noms de domaine dans les NTLD

Si l’on prolonge la droite de tendance observée en 2014 jusque vers la fin 2015, on constate que l’objectif à la fin de cette année-là est légèrement supérieur à 8 millions de noms de domaine, soit un doublement en douze mois toutes choses égales par ailleurs.

 

Evolution du nombre de noms déposés dans les nTLD

 

Cette trajectoire est relativement crédible, car l’effet induit par l’apparition constante de nouvelles extensions en 2015 et par le flux de créations dans celles qui existent déjà, sera nécessairement compensé par les premières vagues de suppressions liées aux échéances de renouvellements.

La part de marché actuelle de 1,3 %, rapportée aux 50 % que pèsent les nTLD en proportion de l’ensemble des TLD existants à fin 2014, prouve que ceux-ci possèdent un potentiel certain – à condition toutefois qu’ils parviennent à s’imposer face à leurs rivaux déjà en place. D’autres études précédemment publiées dans le cadre de l’Observatoire du marché des noms de domaine ont montré que le .com résiste plutôt bien et que ce sont surtout les autres « Legacy TLD », plus encore que les ccTLD, qui souffrent de la concurrence des nouveaux venus.

Riches de leur diversité d’approches, de modèles, de sens, de marchés ciblés, les nTLD ne constituent pas un tout homogène. Les prochains mois nous diront quels paris se sont avérés les plus payants, et quels nTLD seront parvenus à s’installer pour durer.

Sources

 

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