Le marché des noms de domaine en 2014

Avril 2015

Sommaire

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Les nTLD ont représenté 21 % de la croissance nette du marché des noms de domaine en 2014

 

La publication récente des rapports ICANN pour le mois de décembre 2014 permet de faire enfin le point sur cette année 2014 qui fut marquée par les lancements des « nouveaux TLD » (ou top-level domains) attendus depuis l’annonce faite par l’ICANN à Paris en juin 2008.

Disposant de l’ensemble des chiffres pour 2014, nous pouvons ainsi dresser un panorama des tendances du marché et esquisser un bilan de l’impact des nTLD sur les 18 extensions génériques « traditionnelles » (baptisées « Legacy gTLD » : .com, .net, .org, .biz, .info…) et sur les extensions géographiques (« ccTLD »).

Chiffres clés

Selon les Rapports ICANN compilés par l’équipe Market Research de l’Afnic, il y avait au 31/12/2014 environ 158,6 millions de noms déposés dans les gTLD, dont 3,8 millions de nTLD. Ces gTLD, additionnés aux 134 millions de ccTLD décomptés par Verisign / ZookNic, nous conduisent à un total de 292,6 millions de noms de domaine à fin 2014 dont 54 % de gTLD contre 55 % à fin 2013. L’émergence des nTLD n’a donc pas suffi à permettre aux gTLD de retrouver un dynamisme supérieur à celui des ccTLD.

Noms « fantômes » des rapports ICANN

L’étude a d’ailleurs mis en lumière un écart positif de 408 000 noms entre le stock final des nTLD au 31/12/2014 (3,8 millions) et les créations cumulées déclarées en 2014 (3,4 millions). Cette année étant la première pour tous les nTLD, on aurait dû logiquement trouver un nombre de créations cumulées légèrement supérieur au stock total, en tenant compte de quelques suppressions opérées en cours d’année, avant l’échéance de renouvellement proprement dite.

Ici, tout se passe comme si un pourcentage légèrement supérieur à 10 % des noms déclarés en stocks n’avaient pas été déclarés en créations. Cette marge d’erreur devra être prise en compte dans les calculs des futurs taux de renouvellements, en espérant que les rapports ICANN soient plus cohérents. Le chiffre des stocks étant plus proche de celui qui est affiché par nTLDstats.com à la date du 31/12/14, nous considérons cette donnée comme étant plus fiable que les chiffres de créations cumulées.

Le ralentissement général du marché se poursuit, en dépit de l’introduction des nTLD

 Figure 1 - Croissance des différents segments de TLD (2010-2014)

 Figure 1 : Croissances des différents segments de TLD (2010 – 2014)

Sources : gTLD : Rapports ICANN / Afnic Market Research

ccTLD: Verisign Industry Brief / ZookNIC

 

La croissance mondiale du marché des noms de domaine était de 6,5 % en 2014 (Fig. 1), contre 7,3 % en 2013. Cette moyenne recouvre cependant des dynamiques contrastées :

  • Les country-code top-level domains (ccTLD) maintiennent une croissance à 8,5 %, en nette réduction toutefois par rapport aux deux années précédentes.
  • Le .com passe sous les 5 % tandis que les gTLD dans leur ensemble, dopés par les nTLD introduits en 2014, connaissent un léger regain de dynamisme.
  • Les grands perdants semblent être les Legacy gTLD (hors .com) qui perdent 3 % en stock après avoir déjà perdu 1,3 % en 2013.

Les ccTLD toujours en tête de la contribution au solde net

 Figure 2 - Contribution au solde net global (2010-2014)

Fig. 2: contributions au solde net global par segments (2010 – 2014)

 

La croissance nette 2014 était, d’après les chiffres communiqués par l’ICANN et par Verisign, de 17,9 millions de noms de domaine contre 18,6 millions en 2013 et 26,8 millions en 2012.

La fig. 2 montre que si les ccTLD s’étaient taillé la part du lion en 2013 en termes de « contribution au solde net » (71 %), ils ne représentaient plus que 59 % en 2014. La part du .com était passée de 31 % à 26 % et celle (négative) des « Autres Legacy TLD » de -3 % à -6 %.

  Tableau 1 - Evolutions des contributions à la croissance nette (en %) en 2014, par segment

 Tableau 1 : évolutions des contributions à la croissance nette (en %) en 2014,  par segment

 

Les ccTLD ont su conserver un taux de croissance supérieur à la moyenne du marché, ce qui leur permet de continuer à gagner des parts de marché. Mais le tableau 2 montre que leur contribution au solde net a été significativement réduite, en pourcentage, par rapport à 2013. Le .com qui représente encore 26 % du solde net et 71 % des créations des gTLD en 2014, a cependant perdu à lui tout seul plus de « points » que tous les autres Legacy gTLD.

On peut en conclure que les ccTLD ont souffert de l’introduction des nTLD. Mais leur performance relative restant meilleure, ce sont surtout les Legacy TLD qui ont vu leurs parts de marché s’éroder en 2014.

 

Tableau 2 : évolutions des parts de marché (2012 -2014) et des growth ratios par segments

Tableau 2 : évolutions des parts de marché (2012 -2014) et des growth ratios par segments

 

Bien que les ccTLD aient été indéniablement impactés par les nTLD, ce sont en effet les « LegacyTLD », le .com y compris, qui ont le plus souffert de l’introduction des nTLD en termes de parts de marché. Les « growth ratios », qui comparent la contribution à la croissance nette à la part de marché, montrent que le .com perd du terrain, les « Autres Legacy gTLD » connaissant eux aussi de sérieuses difficultés. Si la tendance se poursuit, les ccTLD pourraient toutefois connaître un ralentissement continu en 2015 et rejoindre la croissance moyenne du marché aux alentours de 5 %.

Legacy TLD : des performances très contrastées en 2014

L’équipe Market Research de l’Afnic a mis au point une méthodologie de mesure des performances des TLD, que le CENTR a repris à son compte dans ses études annuelles 2013 et 2014.

Elle consiste, d’une part à mesurer la capacité d’un TLD à générer de nouveaux enregistrements de noms de domaine (« Creation Rate ») et d’autre part à calculer la proportion de noms de domaine présents au 31/12 de l’année précédente, « conservés » en portefeuille au 31/12 de l’année N en appliquant la formule :

Stock au 31/12/N = Noms créés en année N + Noms maintenus (ou conservés) en année N.

Le « Maintenance Rate » est donc calculé en rapportant le nombre de noms maintenus en année N au stock en début de période.

Un autre ratio mesure le poids des suppressions (ou noms non conservés) par rapport aux créations. Lorsqu’il est supérieur à 1, le TLD perd du stock.

Ces indicateurs sont simples à calculer et s’appuient sur des données publiques, tout au moins en ce qui concerne les gTLD. Ils permettent de mesurer et de « benchmarker » de manière assez fine la performance relative de chaque TLD en termes de dynamique commerciale comme de « solidité » de son portefeuille de noms de domaine.

  Tableau 3 - Performances des Legacy TLD (2012-2014)

 Tableau 3 : performances des Legacy gTLD (2012 – 2014)

Source : rapports ICANN / Afnic Market Research

 

Le tableau 3 présente les mesures des performances des six plus importants gTLD en volume, les autres “Legacy gTLD” étant agrégés dans une ligne globale.

  • On peut constater en premier lieu que d’une manière globale, le Creation Rate est orienté à la baisse, passant de 27,8 % en 2012 à 25,4 % en 2014. Ce nombre signifie que 25,4 % des noms en stock au 31/12/14 avaient fait l’objet d’une création en 2014. Il est naturel que le Creation Rate soit orienté à la baisse, puisqu’il faut, pour le maintenir au même niveau, que les créations croissent au même rythme que le stock de noms déposés dans le TLD considéré. En période de ralentissement de la dynamique des créations, le Creation Rate est le premier affecté.

    Les stratégies et les situations des différents TLD apparaissent clairement en comparant simplement leurs Creation Rates, depuis le .info très orienté vers la conquête de nouveaux noms mais connaissant de plus en plus de difficultés (48 % en 2012, 34 % en 2014) jusqu’au .mobi qui a manifestement vu sa demande s’effondrer en 2014 (passage de 41 % à 19 %). 
  • Le Maintenance Rate s’intéresse aux noms conservés. Il reflète donc la solidité du TLD et sa capacité à fidéliser les titulaires déjà détenteurs de noms de domaine. On constate qu’en moyenne ce taux est orienté à la hausse pour les Legacy gTLD, ce qui peut s’expliquer par l’ancienneté croissante des noms de domaine qui ont d’autant plus de chances d’être conservés. Ici aussi, les dynamiques sont contrastées d’un gTLD à l’autre. Le .com s’effrite doucement tandis que le .info voit son Maintenance Rate bondir de 10 points, signe que sa base de clientèle s’est assainie en 2014 en dépit (ou grâce à ?) une perte de stock assez sévère. Son ratio reste d’ailleurs parmi les plus faibles, le .mobi étant lui aussi particulièrement à la peine en voyant, au contraire du .info, son Maintenance Rate s’effondrer de 70 % à 58 %.

    La comparaison avec les chiffres du CENTR pour 2013 et 2014 montre que les ccTLD membres de cette association ont en moyenne surperformé les Legacy gTLD en termes de Maintenance Rate, mais que leur Creation Rate a été plus faible en 2013 comme en 2014. Il faut donc rechercher ailleurs, sans doute en Asie – Pacifique, les sources de la croissance de 8,5 % des ccTLD en 2014. Cette situation témoigne cependant d’une maturité et d’une stabilité plus forte des ccTLD membres du CENTR, qui jouissent aussi d’un ratio Suppressions / Créations près de 10 points inférieur à celui des Legacy TLD en 2014.

En conclusion

Deux questions se posaient pour le marché des noms de domaine en 2014.

  • D’une part, les nTLD allaient-ils permettre une redynamisation après plusieurs années de ralentissement ? La réponse à cette question semble être plutôt négative, la croissance globale étant toujours orientée à la baisse.
  • La seconde question portait sur l’impact des nTLD sur les acteurs existants. Cet impact est difficile à quantifier, les effets de substitution étant presque impossibles à décrire (tel titulaire de nTLD aurait-il acheté un Legacy TLD ou bien un ccTLD s’il n’avait pas eu la possibilité de choisir le nTLD ? Quels sont les effets de substitution entre les ccTLD et les Legacy TLD ?). En revanche, il est certain que des arbitrages ont été faits par les acheteurs, qui ont délaissé certains Legacy TLD tout en reportant des budgets de renouvellements sur des acquisitions de nTLD. D’une manière générale, dans un contexte de croissance en ralentissement, c’est inévitablement aux dépens des acteurs en place que les nTLD se sont développés.

Les difficultés éprouvées par les Legacy TLD qui n’ont pas la chance de bénéficier de l’aura du .com posent d’autres questions de fond pouvant aussi intéresser les registres des nTLD. En premier lieu, on voit bien qu’un contexte concurrentiel accru ne conduit pas, dans les conditions de marché actuelles, à une explosion des créations. Celles-ci sont en effet passées pour les Legacy gTLD de 40,3 millions en 2013 à 39,3 millions en 2014, auxquelles s’ajoutent bien sûr les 3,4 millions de nTLD.

En second lieu, le jeu concurrentiel s’étend manifestement de plus en plus aux renouvellements. Il ne suffit plus d’avoir une bonne capacité de création de noms, il faut aussi disposer d’une base de clients solides qui ne s’acquiert pas en un jour. Les noms de domaine déposés à des fins spéculatives (par des domainers) ou défensives (par des ayant-droits) constituent des aubaines de court terme, mais sont particulièrement exposés à des effets d’arbitrage de titulaires contraints par des budgets ou choisissant de « miser » sur d’autres TLD jugés à plus fort potentiel. Face à l’arrivée de nouveaux entrants, la clé du succès à long terme réside certainement dans une base de noms réellement utilisés par leurs titulaires avec en corollaire un taux de conservation élevé. Dans un contexte où le coût d’acquisition client ne cesse d’augmenter avec l’intensité concurrentielle, la course aux nouveaux dépôts ne peut plus être le seul axe des stratégies des registres, même si elle ne peut être négligée et ceci tout particulièrement par des acteurs en phase de lancement de leur TLD.

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